Comprendre le fonctionnement des lecteurs d’écran 

Un lecteur d’écran (comme JAWS, NVDA, VoiceOver ou Orca) analyse la structure logique d’un document, interprète les éléments HTML s'ils existent (balises de titres, listes, tableaux, etc.), et propose des raccourcis pour sauter rapidement de section en section. Ce processus suppose que le document est correctement balisé et organisé.

  • Les lecteurs d’écran s’appuient sur la structure du texte, pas sur sa mise en page visuelle.
  • Ils permettent de naviguer « par titres » (heading navigation), de lister tous les liens, de sauter de paragraphe en paragraphe, ou de scanner les listes et tableaux.
  • L’absence de structure ou l’utilisation abusive du gras ou des couleurs à la place des vraies balises déroute le logiciel et l’utilisateur.

Anecdote concrète : Lors d’un audit accessibilité mené dans une université (source : ARNEA), un étudiant aveugle témoignait : « Sur certaines pages de cours, je dois écouter tout le texte depuis le début, car il n’y a ni titres ni sections. Je perds 20 à 30 % de temps en plus par rapport à un document bien structuré. »

Les grands principes d’une structure accessible

La manière dont un document est organisé fait toute la différence. Voici les principes clés à garder en tête :

  • Hiérarchiser au lieu d’empiler : On ne construit pas un texte avec une suite de paragraphes. On y installe des repères : sections, titres, sous-titres, listes.
  • Respecter la logique (H1, H2, H3…) : Les titres forment la colonne vertébrale du document. Il est essentiel de ne jamais sauter de niveau (on passe de H1 à H2, puis à H3, sans jamais inventer des raccourcis)
  • Nommer pour guider : Un titre n’est pas là pour décorer. Il doit décrire clairement la section qu’il introduit.
  • Différencier la mise en page et la structure : Mettre en gras ou en italique n’a aucune valeur pour un lecteur d’écran, contrairement à des balises structurantes (titles, listes, tableaux, etc.).

Comment créer une structure efficace : Méthodologie et exemples

1. Les titres hiérarchisés : pourquoi et comment

Le premier élément de structuration : les titres (balises H1 à H6 en HTML ; styles Titre 1, Titre 2, etc. sous Word). Ils servent de points de repère, permettent de naviguer rapidement dans le document, et aident à reconstituer le plan global du texte.

  1. H1 : toujours utilisé une seule fois, pour le titre principal du document.
  2. H2 : pour chaque grande section. Plusieurs H2 sont possibles.
  3. H3 : pour les sous-sections des H2, si besoin.

Exemple concret : Un guide sur la mobilité urbaine pour personnes déficientes visuelles :

  • H1 : Guide Mobilité Urbaine
  • H2 : Transports en commun adaptés
  • H3 : Bus – technologie embarquée
  • H2 : Chemins piétons et obstacles
  • H3 : Canne blanche et signalétique sonore

Un utilisateur de lecteur d’écran pourra parcourir les sections H2 pour comprendre les grandes parties, puis plonger dans les H3 pour plus de détails.

2. Listes, tableaux et autres repères

  • Listes à puces et numérotées : Les lecteurs d’écran annoncent « liste à puces de 5 éléments… ». Recourir aux vraies balises liste (
      ,
      ) ou styles correspondants (Word, Google Docs).
  • Tableaux : À utiliser uniquement pour présenter des données tabulaires. L’utilisateur peut naviguer cellule par cellule, mais il est crucial d’indiquer les entêtes de colonnes et de lignes via les attributs appropriés (balise en HTML).
  • Liens : Ils doivent être explicites (« Télécharger le rapport Accessibilité 2024 » au lieu de « Cliquez ici »).

3. Paragraphes courts et structurés

Des blocs de texte longs noient l’information et lassent rapidement. Les paragraphes courts, d’environ 3 à 5 lignes, facilitent la compréhension et la navigation (source : Accessibilité Huit.re).

Ce qu’il faut éviter absolument

  • Créer des titres uniquement en agrandissant ou en mettant en gras le texte.
  • Insérer des informations clés uniquement dans des images ou schémas non légendés (ni décrits par un texte alternatif).
  • Faire des listes « à la main » avec des tirets ou symboles ASCII (genre « - » ou « * ») au lieu des vraies listes structurées.
  • Employer des couleurs seules pour hiérarchiser ou pour signaler une importance : un lecteur d’écran ne les interprétera pas.

Outils et astuces pour un document lisible et structuré

La réussite passe par une maîtrise des outils utilisés.

  • Microsoft Word : Appliquer les styles prédéfinis « Titre 1 », « Titre 2 », etc.
  • Google Docs : Utiliser le menu Styles de paragraphe pour assigner titres et sous-titres.
  • PDF : Générer vos PDF à partir de documents structurés (Word, InDesign) pour préserver la hiérarchie. Éviter les PDF scannés / images sans OCR.
  • Web (HTML) : Respecter la hiérarchie H1 → H2 → H3, baliser chaque liste ou tableau avec les balises appropriées.
  • Pour vérifier : Outils gratuits comme WAVE (WebAIM WAVE) ou l’extension Chrome Axe permettent de visualiser la structure.
Logiciel Fonction clé pour la structure Comment vérifier ?
Word Styles Titre / Navigation Alt + F10 (volet Navigation)
Google Docs Styles de paragraphe Afficher > Plan du document
HTML (CMS / éditeurs) Balises Hn, ul, ol, th WebAIM WAVE, lecteurs d’écran gratuits

Diversité des besoins : un document, plusieurs pratiques

La structuration ne répond pas seulement à la déficience visuelle profonde. De nombreux utilisateurs malvoyants, dyslexiques ou souffrant de troubles cognitifs s’appuient aussi sur une architecture claire pour mieux s’orienter. Selon le Rapport européen d’accès au web (2023), environ 20 % de la population européenne bénéficierait de documents mieux structurés, même sans être eux-mêmes utilisateurs d’un lecteur d’écran (European Blind Union).

L’expérience utilisateur, au cœur de l’amélioration continue

Quels que soient les outils et méthodes utilisés, la meilleure façon de progresser reste de tester son travail avec de vrais utilisateurs, ou a minima, avec un lecteur d’écran (même gratuit). Une écoute attentive des retours est la clé de l’inclusion numérique.

  • Prendre 5 minutes pour ouvrir son document avec NVDA (Windows, gratuit) ou VoiceOver (MacOS, intégré).
  • Poser quatre questions simples, lors de tests utilisateurs :
    • La navigation dans le document est-elle fluide et rapide ?
    • Peut-on comprendre la structure globale en quelques minutes ?
    • Les titres sont-ils parlants et hiérarchisés ?
    • Existe-t-il des zones d’ombre où l’on se perd ?

Vers une information accessible à tous : le défi collectif

L’accessibilité documentaire ne repose pas seulement sur des règles techniques, mais sur une volonté d’inclusion et une vision à long terme. Un document bien structuré devient un guide fiable pour tout public, et fait gagner du temps à chacun — lecteur d’écran ou non. À mesure que la législation évolue (Directive européenne sur l’accessibilité, loi française pour une République numérique), chaque auteur, enseignant, professionnel, ou créateur web a l’occasion d’élargir son lectorat tout en respectant le droit fondamental à l’information.

Construire une navigation fluide, c’est bien plus qu’une question de confort : c’est offrir à toutes et tous la possibilité de saisir, d’apprendre, de se former et de s’exprimer dans l’espace numérique d’aujourd’hui.

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